7 oktober 1660
brief van Huygens aan Henry du Mont
Nicolas Hotman stuurde hem zijn composities als antwoord op een zending met gambastukken van Huygens uit 1659.
Hij maakt zich kwaad:
‘[….] Je ne sçauroy fermer la presente sans vous faire part de la Copie que vous voyci d’une jolie lettre du Sr. Hotman, accompagné de 2 ou 3 petites pieces de viande creuse qu’il m’envoye de sa façon, comme les maistres d’escole donnent aux petits enfans des exemplaires de leur ecriture pour commencer à former la main. Apparemment on croid en France que la Hollande et la Moscovie sont esgalement brutales et barbares, et qu’il faut des coups de fouet pour nous desniaiser en matiere de musique; et nommément en ce qui est de la viole de Gambe, que d’aucuns Hollandois entendent, peut estre, aussi bien que d’aucuns François, apres la conversation qu’ils ont tant eue avec des Walter Roes (Walter Rowe) et des Stefkins, qui osoyent bien dire, qu’il n’y avait pas de Hotman qui entreprist de mettre la main sur la viole en leur presence et l’auteur de ces Galimatias est bien satisfaict de ce que ces Illustres ont faict grand cas de ces compositions, et les ont voulu executer de leurs precieuses mains. Bref je ne vous envoye pas ceste Copie par indignation, mais pour vous faire rire, comme font ici les plus sçavans ; et croyez moy qu’on a icy des oreilles, aussi bien qu’en France, et que l’arbitrage de ces oreilles ne tend point au prejudice du Galimatiasseur, qui n’estant pas violon, ne se met guere en peine d’une ou d’autre censure, croyant pouvoir rendre compte de chaque passage et note de ses productions, s’il en valoit la peine ; comme, peut estre, ne feroit pas son maistre d’escole. Je veux qu’il ayt la main mignarde : les Anglois ont la mesme perfection dès leur naissance ; mais ie demande le beau et le bon ; le doux et le sçavant. Si vous autres , Messieurs trouvez cela au Sr. Hotman il a beaucoup d’obligation à vos bontez, et bon vous fasse : ne laissez pourtant pas de rire de la lettre, on en faict autant icy de quelques pieces que le mesme auteur m’a autrefois envoyées pour le Thiorbe, pitoyables, en effet, et qui ne debvoyent pas porter son nom. S’il touche l’instrument à l’advenant je vous prie de nous venir entendre en Hollande. C’est ou vous me trouverez tant que je vivray etc. […..] Ne souffrez pas que le Sr. Hotman me croye en colere de sa censure :je ne me fasche jamais contre ceux qui me donnent à rire.
A.M. le Prince Maurice.
A la Haye, ce 2 Octobre 1679
.....En s'ingérant ainsy dans vos affaires, Monseigneur, j'allois oublier la promesse que j'ay esté pressé de faire au S(ieu)r Hacquart, qui est ce grand maistre de musique, de quel V(ostre) A(ltesse) se souviendra d'avoir un jour entendu le beau concert dans sa sale. Il y à quelques mois qu'il est venu hors d'Amsterdam planter sa famille à La Haye, ou souhaittant de pouvoir entretenir les Amateurs du beau monde, de ses Compositions, qui sont excellantes, et se trouvant pour cela trop logé à l'estroit, la question est, si V A pourroit agreer, qu'un jour de la sepmaine il pust faire ces exercice dans sadite sale, ou je pense que sont encor les Orgues, mais qui par faute d'usage doibvent deperir. Il se chargeroit de les remettre en estat; et cependant la faveur de V A ne seroit que provisionelle et revocable à tous momens.
OP EEN VIOLE
Wy schieten by wijlen
Om laegh of om hoogh:
Daer vliegen de pijlen,
Hier vlieght de Boogh.
LA VIOLE DE GAMBE EN
DESORDRE
Vostre Instrument, Duchesse, est fort dans mon
estime:
C’est pitié de le veoir toucher si rarement,
Car, si je
l’entreprens, et l’enjambe et l’anime,
Il respond à mes coups, et
vigoureusement.
Que si, pour en jouër le grand bransle à la mode
Et
nous en rejouïr à deux tout nostre soul,
I’y trouue une cheuille à dire en
quelque trou,
Ne voulez vous pas bien qu’on vous en accommode?
Brux.
18. May.
SONGE. A MAD. LA DUCHESSE
DE LORRAINE
TARDANT DE ME DONNER SON PORTRAICT
Que ce Portraict est
beau, que je le trouue esgal
A l’immortalité de son original,
Qu’il est
digne du jour, qu’il merite sa place,
Qu’il parle doucement, qu’il rit de
bonne grace,
Qu’il faict bon manier ceste gorge et ce sein,
Que tout
ce qu’on ij touche est ferme et fraix et sain.
Que j’auraij du plaisir à
faire à cest’ Image
Sacrifices de voeux, de respects et d’homage!
Ce
dis-je, et m’esveillaij, et en ouurant les yeux
Ne vis rien deuant moij
que la voute des Cieux;
Beau Tableau, si jamais il en fut sur la
terre,
Mais Tableau, qui pour lors ne put me satisfaire:
Tant j’auoij
l’oeil gasté, tant le sens esblouij
D’un peu de vision qui m’auoit
rejouï.
Buenas noches, Duchesse, il me tarde et m’importe
De reueoir
ce Portraict, que, quand vous seriez morte,
Vous ne sçauriez paijer auecque
moins d’effect
Bon soir et bonne nuict; ce n’est plus vostre faict
De m’en
faire jouïr; tout ce que j’en espere
Depend de mon sommeil, qu’en suitte
je prefere
A toute la splendeur de touts les yeux ouuerts,
Fussent ils les
plus beaux de Bruxelle et d’Anvers;
Exceptez seulement les deux vostres,
Cousine,
Qui mettent corps et Coeurs en flamme et en ruine.
Seroit ce
pour cela que vous me les cachez?
Seruez vous de pretexte, et, pour le moins,
tachez
D’estre perfide et bonne, auare et pitoijable.
Quant à moij qui,
reduict de l’Histoire à la Fable,
De la fable me doibs contenter au
besoin,
Ie vous baise les mains, et vous rens vostre soing
Et parole
de bouche, et paroles escrites,
En vous remerciant du bien que vous vous
feistes,
Quand, pour vous resjouïr, vous voulustes sçauoir
Combien de moiz
un fol pourroit viure d’espoir.
C’en sont dix, c’en sont douze, et c’en
est bien vingtaine.
Estes vous satisfaicte, ou prendrez vous la
peine
D’encor vous esgayer à mes pauures despens?
Certes c’en est assez;
n’ij perdez plus de temps.
Et si la planche en fin, ou la Toile
promise
Ne se verra jamais rendue ni conquise,
Permettez au Cousin en
Adam seulement
L’innocente faveur de dormir doucement.
Vous voyez ce qu’il
peut à l’heure qu’il sommeille
Et ce qu’il ne peut pas quand vous voulez
qu’il veille.
Ne le vueillez donc plus; puis que dedans ses ijeulx
Il
trouue ce Portraict qu’on luij refuse, et mieux.
Car c’est vous qu’il y
trouue et tant que la nuict dure
Il possede en son lict cest’ aijmable
figure.
Bref, voyez vous, Consine, (et soit dit entre nous)
Il ne
tient qu’à luij seul qu’il ne couche aueq vous.
Brux. 19.
May.